La vue : une carte vivante de l’île
Arrivé sur la crête, un souffle plus frais soulève les grandes feuilles d’aralia et de gommier. À l’est, l’océan s’échancre entre la baie de Grand Case et Anse Marcel ; à l’ouest, Marigot répand ses maisons colorées, entre mangrove et lagune. Les jours où le ciel est lavé par la pluie, Anguilla se découpe très nettement au nord, parfois même Saba et Saint-Eustache vers le sud-est.
La lumière, selon la saison, nuance l’horizon d’ocre, de brume, de turquoise électrique ou de gris perle – propice aux longues pauses contemplatives, appareil photo à la main ou simple carnet de croquis posé sur une souche.
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Points remarquables visibles :
- L’ensemble des quartiers de Saint-Martin, du “Lowlands” (Terres-Basses) au nord de Marigot jusqu’à Anse Marcel
- La segmentation des terres cultivées et le damier des toits – témoignage de l’organisation post-coloniale de l’île (voir : cartographies IGN, Plan de l’île de Saint-Martin)
- Les baies intérieures : Simpson Bay Lagoon, Grand Case Bay, Orient Bay
- Vue sur Anguilla : à moins de 9 km, perçoit les plages d’East End
Une île au-dessus des nuages : climat, lumière et vie végétale
Le Pic Paradis attire nuages et averses soudaines. En saison humide (juillet-octobre), le sommet peut être enveloppé (“encapoté” dit-on parfois ici) ; l’humidité entretient une forêt subhumide unique à Saint-Martin. Ici, la végétation change radicalement : acajous, fougères arborescentes, sabliers, mahoganys. Les cyclones ont fractionné la canopée, mais leur passage crée aussi une mosaïque d’essences résistantes, source : Observatoire du Littoral Caraïbe.
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Flore : Arbres géants, lianes, orchidées sauvages et goyaviers forment un habitat pour les colibris (doctè soleil), sucriers à ventre jaune, grives et parfois la rare rainette Antillais (Eleutherodactylus martinicensis).
Face au vent, l’odeur de terre humide se mêle à celle de la résine de gommiers. Fréquemment, le vol vif d’un “pipirit” (tyran gris) rompt le silence, le chant d’un coq du quartier Colombier monte parfois jusqu’ici. En début de matinée, le sommet offre quelque chose de frais et d’éveil – loin de la moiteur des plages.
Rencontres humaines et vestiges créoles
Accessible mais jamais bondé, le Pic Paradis attire un mélange discret : locaux venus pique-niquer, randonneurs, amoureux de photo ou chercheurs en botanique. Sur la pente sud, des ruines de vieilles cases créoles rappellent qu’ici vivaient des cultivateurs métis, cueillant fruits à pain, ignames et bananes sur ces pentes aux sols profonds. Le passé sucrier survit dans le nom “Loterie Farm” ; vous croiserez peut-être, accrochés à une barrière, des filets à mangues ou un seau usé pour la récolte d’eau de pluie.
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Fait marquant : Le Pic Paradis, classé zone d’intérêt écologique, abritait autrefois des ruches sauvages dont le miel, épais et parfumé, était réputé jusqu’à Philipsburg. Cette tradition redémarre modestement depuis 2019 (Association Apicole de Saint-Martin).
Rarement, on entend l’écho d’une histoire douloureuse, celle du passage des cyclones – Irma en 2017 ayant écorché la forêt et révélé des troncs blanchis, mais la régénération reste spectaculaire (voir Le Monde, septembre 2018).